« Ce ne sont pas des conditions météo qui m’inquiètent, mais il faut les aborder de façon très humble », souligne Louis Duc, skipper de l’Imoca Fives – Lantana Environnement.
Ce n’est en effet un secret pour personne : il va y avoir du vent sur le début de parcours de cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Pendant 3 à 4 jours, une brise contraire, forte à très forte, accompagnée de 6 à 10 m de creux vont malmener bateaux et marins. Il faudra jouer de prudence et d’humilité pour ne pas casser et c’est très clairement l’objectif du skipper Normand : arriver de l’autre côté de l’Atlantique afin de cumuler des milles qualificatifs pour le Vendée Globe 2024.

© Jean-Marie LIOT

« C’est une Route du Rhum. On sait à quoi à s’attendre quand on vient ici. Ça fait partie du jeu. Il faut savoir aller s’abriter si on pense que ça ne passe pas ; réduire la toile pour laisser passer le plus gros ou encore savoir prendre des risques et y aller à fond. Il faut être capable de tout ça », annonce Louis Duc (Fives – Lantana Environnement).

 

Le départ sera tonique, mais maniable

Les cartes météo sont en effet sans ambiguïté : les dépressions se suivent depuis le début de la semaine en Atlantique Nord et, avec elles, leur lot de vents puissants et de mer forte. « Le départ sera tonique, mais maniable. C’est lundi soir que ça va se corser », prévient Hervé Laurent, météorologue qui accompagne Louis Duc jusqu’au départ de cette Route du Rhum. « On attend 35 à 40 nœuds avec 6 à 10 m de creux. Pendant 3 – 4h, la course sera sans doute mise entre parenthèses. Après, le vent va se calmer, mais en restant de face et accompagné d’une mer formée. Bateaux et marins vont être secoués », annonce le météorologue.

 

Louis Duc (Fives – Lantana Environnement) « Ce sera peut-être le moment le plus compliqué de la course. Ce n’est pas la première fois que l’on navigue dans ces conditions-là. Il peut y avoir de la casse. Ce n’est pas une météo qui m’inquiète, mais il faut l’aborder de façon très humble. »

 

Le calme agité après la tempête

Et ensuite ? Ce premier gros obstacle technique franchi, la suite s’annonce diablement stratégique. Le changement de décor sera radical avec du vent portant, faible et instable et un scenario météo évolutif !
Les grosses dépressions évoquées plus haut repoussent en effet les alizés* très au sud, au niveau du Cap Vert. Et, entre les deux, il n’y a pas de vent. « Il va falloir tricoter », explique Hervé Laurent. « La situation sera complexe, avec des petites cellules dépressionnaires qui se baladent autour des Açores : ce sera un bon casse-tête ! Les skippers vont partir avec plein de scénarios stratégiques possibles : il faudra trouver les meilleurs couloirs, il s’agira de petits trous de souris pour éviter soit les calmes, soit les vents contraires. »

 

Louis Duc (Fives – Lantana Environnement) : « A partir du Cap Finisterre, le jeu va se relancer ! Ça va être intéressant et ouvert. Sur la Route du Rhum, c’est toujours pareil : il faut mettre une dépression à droite, un anticyclone à gauche : reste à trouver les bons ! »

 

Atouts météo ?

La rusticité météorologique du début de parcours de cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe, suivie d’une deuxième partie donnant la part belle à la stratégie plus qu’à la performance pure ne vont pas favoriser la glisse et la vitesse.
« Les foilers vont avoir du mal à foiler »
, estime Hervé Laurent. Ce qui permettrait aux bateaux à dérives de tirer leur épingle du jeu ?

A voir… La priorité de Louis Duc reste de boucler son parcours.

 

* Les alizés : vents subtropicaux générés par la rotation de la terre, soufflant au secteur nord-est dans l’hémisphère nord. Lorsqu’ils sont établis, ils permettent aux marins de traverser l’Atlantique d’est en ouest dans des conditions idéales : brise établie, chaleur et soleil. Un doux rêve semble-t-il pour les solitaires de cette édition de la Route du Rhum…